La progression des nouvelles technologies dans les métiers du droit et de l’entreprise

En 2013, deux chercheurs de l’université d’Oxford, Carl benedikt Frey et Michael A. Osborne, ont inquiété le monde économique en publiant une étude intitulée “The future of employment : how susceptible are jobs to computerisation ?“, dans laquelle ils affirmaient que d’ici 20 ans, 47% des emplois pourraient être exercés par des robots.

Il s’agissait pour eux de vérifier l’affirmation de John Meynard Keynes,  selon qui “la vitesse à laquelle nous découvrons de nouveaux moyens d’économiser de la force de travail dépasse celle à laquelle nous découvrons de nouveaux moyens d’employer cette force de travail” (Economic Possibilities for our grandchildren, 1930).

Leur conclusion est sans appel : une multitude de professions sont menacées, et parmi elles, les avocats : les “smart contracts, LegalTech, justice prédictive, sont autant d’outils qui bouleversent les pratiques des professionnels du droit. Maître Kami Haeri, du barreau de Paris, allant jusqu’à affirmer que le “numérique amène à une sorte de désacralisation du métier (..) les avocats sont devenus en quelque sorte des commodités”.  C’est ainsi que l’intitulé de la 2ème édition des États généraux  de la prospective et de l’innovation, organisée par le Conseil national des barreaux le 30 mars dernier, était “Robes et robots”. Le sujet majeur de la table ronde “Allons-nous être remplacés par des robots ?” traduit clairement  la peur que suscitent les avancées technologiques. Le mot “robot” a été inventé en 1920 par le Tchèque Josef Capek et signifie travail ou corvée. En France, l’une des aptitudes où les robots excellent est le domaine de l’assistance à la personne. En 2018, ce marché devrait atteindre les 2,5 milliards d’euros. Les robots, en plus d’assister les personnes âgées à réaliser leurs actes élémentaires de toilette, course ou alimentation,  permettre également de combler le sentiment de solitude,  souvent corollaire de la dépendance.  Le service Présence + Home à titre d’exemple, permet la visite par un petit robot SAM, piloté à distance, équipé de roulettes et doté d’un écran plat à hauteur d’homme.

Plus proche des métiers du commerce et du droit, la blockchain (chaîne de blocs) est récemment arrivée chez nous. cette technologie renvoie à une technologie de stockage et de transmission d’informations transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle. Elle permet à des personnes de rentrer dans des relations contractuelles sans se demander si l’individu en face va bien exécuter ses obligations contractuelles : en effet, c’est ici la technologie sous-jacente qui va automatiser la transaction. La blockchain est un procédé relatif au bitcoin, mais qui peut être utilisée au delà du secteur financier. Le smart contract  ou contrat intelligent, par exemple, est complètement automatisé et informatisé. Il est ainsi vérifiable et accessible par toutes les parties au contrat. En outre, il sera le résultat d’une négociation automatisée ; on peut aisément imaginer l’impact sur les rédactions transactionnelles ou les pourparlers (négociations) qui étaient jusqu’alors du domaine réservé des conseils : demain l’avocat se concentrera sur les aspects analytiques et stratégiques de l’élaboration du contrat, et non plus sur sa rédaction.

Révolution, rupture idéologique et anthropologique, le changement nécessaire de cultures et de pratiques devra s’accompagner d’une modification du prisme de raisonnement, s’interroger par exemple sur les tâches en mutation plus que sur les emplois. Pascal Eydoux, président du Conseil national du barreau,  annonce qu’il faut “apprivoiser les machines”. Jean-Paul Laumond, roboticien-chercheur au Collège de France et au CNRS, incite à se réjouir des possibilités inouïes offertes par les machines, lesquelles permettront de dépasser les qualités humaines.

En matière de copropriété, les huissiers de justice ont déjà entériné dans leurs actes la dématérialisation ; sans aucun doute les métiers relatifs à la Copropriété seront-ils demain rénovés et plus performant, il faut tout du moins de souhaiter.

Sources : JSS, N°34 – M-A. BAILLY.

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