Interview avec le cofondateur de l’outil Chouettecopro, Philippe Joubert

Site d’information sur la copropriété, Coproblog se lance dans une chronique d’interviews qui auront pour objet de vous faire découvrir de nouveaux outils dédiés à la gestion des copropriétés.

Au hasard de mes pérégrinations, rencontre fut faite avec Philippe Joubert, cofondateur de la plateforme numérique « ChouetteCopro ». Un outil  de signalement novateur, qui vise à rationaliser l’entretien des parties communes, et qui deviendra probablement à court terme un outil numérique standard dans les copropriété. Je vous publie ici l’interview que j’ai réalisée.

« Chouettecopro » est une plate-forme collaborative dédiée aux occupants des immeubles, c’est un concept innovant,  de quoi s’agit-il exactement, et à qui s’adresse votre outil ?

CHOUETTECOPRO, c’est une plate-forme collaborative de signalement numérique. Elle s’adresse à tous les occupants de l’immeuble, qu’il s’agisse du Conseil syndical, des propriétaires ou des locataires, car l’idée est de réunir la communautés des occupants de l’immeuble sur un outil de communication dédié. Le concept de CHOUETTECOPRO, c’est de simplifier au maximum l’entretien des parties communes des immeubles, par le fait de mettre en relation les usagers de l’immeuble. On propose de gérer sur un seul canal communautaire, fermé à l’immeuble, une seule sollicitation : la panne d’ascenseur par exemple est signalée par un locataire, et le syndic est automatiquement destinataire, lequel est alors en mesure de qualifier l’indicent et de mandater le prestataire dédié. L’ordre de service est envoyé via la plateforme, ce qui permet par ailleurs de conserver l’historicité de l’ensemble des interventions. Le prestataire est lui-même relancé automatiquement. Afin de conserver le maximum de fluidité dans la communication, des messages types sont utilisés. La fin de l’incident est signalée soit par le syndic, soit par les occupants eux-mêmes.

Votre concept est innovateur, quel est l’enjeu de votre plate-forme ?

Notre enjeu est de cibler la valeur d’usage, c’est pourquoi nous nous adressons aux usagers : nous sommes persuadés que la qualité de la collaboration de la communauté d’usagers d’un immeuble a pour effet principal l’amélioration de l’entretien de ses parties communes, et donc la valorisation du patrimoine. Nous savons tous qu’un immeuble insuffisamment entretenu souffre d’une décote par exemple lors des ventes d’appartements, nous rendons donc service autant aux usagers qu’aux investisseurs qui souhaiteraient plus tard revendre leur bien.

 Comment votre plate-forme fonctionne – t- elle  ? 

Notre volonté a été de concevoir un outil le plus simple possible d’utilisation, et nous privilégions volontairement la nature de prototype qui évolue avec les retours des utilisateurs. Nous améliorons le produit de manière hebdomadaire, l’enjeu étant de maximiser l’usage utile. Les occupants ont accès à la plateforme via une inscription individuelle et volontaire ; l’idée est que l’outil soit collaboratif et permettent aux occupants de reprendre la main sur les parties communes, leur lieu de vie ou tout du moins de passage quotidien. Notre plate-forme est une web application qui fonctionne sur tout type d’écrans (smartphone, ordinateurs, tablettes), via un abonnement qui s’entend par logement connectable/an. Le déploiement s’effectue avec les occupants eux-mêmes, donc si certains ne souhaitent pas se connecter cela ne pose pas de souci. Il est même possible de s’inscrire avec un compte facebook. L’enjeu est évidemment que l’appli soit utilisée au maximum, d’où les nombreuses possibilités pour s’enregistrer en ligne, puisque le panel de nos usagers est large, représentatif des occupants d’un immeuble (adolescent, femme au foyer, personne du 4ème âge). Pour inciter les usagers à s’inscrire, nous communiquons par des affiches qui sont fournies aux référents de l’immeuble (gardien ou conseil syndical), par des campagnes de mailing adressés aux occupants, et un courrier type émis par les syndics lors des appels trimestriels de charges.

Combien d’immeubles sont actuellement connectés sur votre outil  et combien de syndics sont abonnés ?

Notre parc actuel est d’environ 1000 copropriétés, principalement en Ile-de-France, quelques-uns sont en province, et nous avons la chance d’être les partenaires d’un promoteur immobilier de renom depuis l’été 2017, lequel fournit à ses acquéreurs une première année de gratuité à notre outil, depuis la livraison des parties communes jusqu’à la première assemblée générale. Nous avons aussi une quarantaine de cabinets de gestion connectés, quelques-uns issus des grands groupes, et des indépendants.

 Les usagers (occupants, conseil syndical, syndic, et prestataires) jouent-ils tous le jeu  ? 

 C’est l’essence même de notre outil digital que de permettre le collaboratif et fluidifier la communication entre les différents acteurs. Les premiers retours sont très satisfaisants. Nous sommes persuadés que les parties communes représentent de vrais enjeux de valorisation du patrimoine. Depuis deux ans que nous prospectons et nous rendons aux manifestations publiques (salons), l’évangélisation porte ses fruits. Nous avons actuellement une quarantaine de syndics qui collaborent avec l’outil, et comme nous proposons une innovation d’usage, il faut laisser le temps aux partenaires de s’adapter. Les syndics sont par leur culture de juriste ou de comptable parfois plus orientés vers leur cœur de métier que vers la communication clients, ils devront s’adapter car le numérique va profondément transformer le métier, par le caractère de l’instantanéité en premier lieu.

 Vous pensez donc que le métier du syndic va progressivement changer ? 

Nous en sommes convaincus, et nous le souhaitons aussi, car du côté des occupants, la demande de transparence et de réactivité ne cesse de croitre. Les syndics vont devoir s’adapter et adopter les outils numériques collaboratifs, au risque s’ils ne le font pas de ne pas réussir à franchir le cap numérique et obliger leurs clients à le faire à leur place. La clientèle est en attente du type d’outil que nous proposons. Par ailleurs, nous aidons le syndic à valoriser sa gestion quotidienne. Les nombreuses tâches réalisées (ordre de service, signature des contrats, prise en charge de dossiers) par le syndic sont portée à la connaissance de tous. Si toutefois le syndic ne joue pas le jeu, l’outil que nous proposons reste encore un outil pilotage pour le conseil syndical puisqu’il retrace les signalements exprimés, les photos publiées. L’idée est de fédérer la communauté des usagers au sein de l’immeuble. Avec notre outil, le syndic se réapproprie la communauté de clients pour mieux la servir, et donc la fidéliser. Ils en sont d’ailleurs remerciés et cela facilite leur gestion quotidienne.

En somme, votre plateforme est un outil complémentaire à la gestion du syndic ? c’est aussi une sorte de carnet d’entretien numérique ? 

Exactement, nous voulons être partenaires avant tout des usagers des parties communes, et par ce même fait, des syndics. Les actions portées à la connaissance des usagers constituent un vrai booster pour le syndic dont la valeur ajoutée est mieux perçue. Concernant le carnet d’entretien numérique, nous nous acheminons en effet vers un carnet d’entretien numérique puisque nous retraçons toutes les actions des acteurs (usagers, syndics, entreprises). C’est une base de données pour l’immeuble qui peut être exploitée ensuite pour d’autres éventuelles applications, pour des analyses statistiques par exemple. Nous souhaitons devenir le tiers de confiance numérique.

Votre outil  nécessite que les usagers soient équipés en terminaux numériques, cela freine-t-il votre projet ? 

Nous suivons bien entendu l’évolution de la société qui se numérise chaque jour davantage. La fracture numérique existe, on estime que 20 à 30% de la population est sans outil numérique. Cela étant, sur le terrain, le jeune retraité est hyperconnecté. La mère au foyer l’est aussi, et le taux d’équipement en smartphone avoisine les 74% de la population. Le train est en marche.

 Que pensez-vous de l’évolution de la société vers le tout numérique ?

La révolution de l’Internet a conduit à la plateformisation de la société. Progressivement nous sommes tous entrés dans des valeurs d’usage (covoiturage, vélos, livres), l’occupant de l’immeuble est lui aussi cette logique de valeur d’usage. Notre rôle est d’apporter des outils malins et simples. Si nous prenons l’exemple de l’email, aujourd’hui utilisé par tout le monde de manière naturelle, nous constatons que parfois il n’est pas utilisé à bon escient. Il s’agit d’expliquer l’usage du numérique, ses avantages qualitatifs. La communauté des usagers d’un immeuble doit pouvoir publier elle-même sur les cas d’usages qui pourront améliorer sa vie au quotidien. Par exemple l’économie de l’électricien qui aurait dû investiguer à de multiples endroits pour détecter l’interrupteur défectueux ; avec notre solution, l’optimisation est installée.

 Ne pensez-vous pas au contraire que c’est « trop » de numérique, y compris à l’intérieur des immeubles ?

Le numérique est désormais incontournable, alors autant se l’approprier et l’utiliser à bon escient. Le projet de CHOUETTE COPRO, c’est de remplacer les capteurs numériques par les humains. Passer du mode smart building au building smart. La copropriété c’est un constat d’individualité : les gens qui habitent l’immeuble n’ont pas choisi de vivre ensemble. On oublie dans nos sociétés de communiquer avec notre voisin du dessus, alors qu’on échange des mails avec la terre entière. Notre projet est de donner du sens à la technologie, en bonne intelligence, et collectivement pour le bénéfice de tous. Le fait pour l’usager de signaler une panne d’ascenseur est déjà révélateur d’un engagement. Nous souhaitons accompagner cet engagement, et si nous pouvons en plus créer du lien social, alors ce sera une belle réussite.

 Comment êtes-vous arrivé sur le terrain de l’immobilier, et plus spécialement sur le souci de l’entretien des parties communes ?

Ingénieur de formation, j’ai travaillé pendant 20 ans dans le secteur des télécoms et des objets connectés, au sein d’une entité de fabrication de candélabres[i] connectés. A l’occasion d’une restructuration de cette société en 2015, on m’a demandé de réaliser une étude de marché sur les plateformes de gestion de ville intelligentes, j’ai alors rencontré des éditeurs de logiciels fabricants des applications de signalement en voirie. A cette époque, j’ai connu l’expérience malencontreuse au sein de ma copropriété d’une panne de la chaudière, en hiver.., j’ai alors réalisé qu’il n’existait pas d’outils de signalement au sein de mon immeuble. Avec l’aide de mon ami et associé Marc HOUSSAYE, informaticien- développeur et propriétaire d’une agence WEB, nous avons donc élaboré un prototype durant l’été 2015, avec une mise en test sur une dizaines de copropriétés pour une période de 6 mois. C’est à l’’issu de ce test positif, que nous avons lancé CHOUETTE COPRO en février 2016 »

 Votre ambition dans 5 ans ?

Développer l’outil CHOUETTE COPRO comme étant un label : lorsque les usagers se seront appropriés la démarche, les immeubles équipés par la plateforme auront une surcote, en raison de parties communes bien entretenues et d’un climat apaisé dans l’immeuble. La plateforme apporte une valeur particulière. En terme de développement, notre projet est de nous développer en France puis à l’international. Le marché s’évangélise progressivement, la demande va croitre.

 Un dernier mot pour les lecteurs de Coproblog ?

P. Joubert

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